F.B Encre et Sèche
Lettre 3 - A mes alcools et cafés (suite et fin)

Les derniers cafés, à d’autres, l’alcool.

Les derniers rayons du soleil quotidien éclaboussent ma main qui s’agite sur le papier, voyageuse, aventureuse, entière, cosmopolite, presque enragée. Le marbre s’est un peu réchauffé au fur et à mesure des heures et des heures et mes tasses de café qui ne peuvent plus jouer aux chaises musicales ont appelé patronne qui vient de me déranger pour les ramasser.

« Peut-être serait-il temps de faire une pause avec le café ? » s’exprime-t-elle le sourcil relevé et la voix cassée, dans laquelle je décèle pour la première fois une pointe presque chantante, à partir de laquelle j’imagine une autre patronne, aux yeux de biche et à l’air peut-être effarouché.

« C’est une question ? » je réponds, un rien blasé.

Puis elle de se retourner, toute porcelaine dehors, l’air si fragile dans ses lourdes pattes d’hôte expérimentée que je frissonne presque quand j’entends les éléments s’entrechoquer. Elle semble marquer une pause, et me lance par-dessus son épaule un regard gentil et profond, profondément gentil et gentiment profond que je ne sais comment interpréter. Son oeil bleu fouille en moi et semble tellement creuser qu’il me salit presque des couches de vérités déterrées et me fait culpabiliser. Naïvement, je passe un bras sur mon papier comme pour me cacher de mes déglutitions régulières, qui ne sont finalement pas si éloignées de celles que la bière de Martin provoque.

L’endroit un instant se resserre ; je vois dedans, je vois dehors, je vois au travers.

Elle se contente de me répéter ma question et de me laisser y songer.

« C’est une question ? »

F.B