F.B Encre et Sèche
Lettre 3 - A mes alcools et cafés (3)

Cafés n° 2, 3, et 4 et d’autres, d’autres, et d’autres et…

Il est 8h45 quand on se sépare à notre station de métro habituelle. De mots doux en gestes ponctués, je lui traduis mon « au-revoir » et mon « bonne journée », et je regarde bientôt ses cheveux s’envoler alors que la rame de métro reprend sa folle poursuite le long des artères souterraines. Soudain, je me souviens, moi, assis, enfant, à laisser les aiguilles de ma montre défiler, à perdre un temps fou, à faire grincer les dents de papa, à provoquer la dispute, pour mieux regarder les trains dans leur métallique avancée. Je compte. Un, deux, trois, quatre. A l’orée des voûtes nocturnes, j’avais l’impression que ces charbon gloutons grignotaient peu à peu les trains, suçaient lentement les couleurs, aspiraient, se refermaient sur eux, avant de finalement tout avaler. Je voyais ces trains comme d’autant de fusées lancées à l’horizontale, en partance pour un espace limité les menant à différents points civilisés – en translation latérale de courte durée. Aujourd’hui encore, la main sur la barre de fer à qui j’accorde la responsabilité de mon équilibre, je me sens fier, comme cet astronaute métropolitain dont j’enfile l’invisible costume tous les matins – un astronaute des temps modernes qui brave les trous noirs dans son drôle d’engin. Je fais l’astronaute pendant vingt minutes et je troque ce costume de super-héros du mouvement parisien pour celui du responsable des ventes internationales d’une compagnie de panneaux solaires au slogan stupide et daté.

Costume deux pièces- parfaitement rasé- ordinateur allumé- une tasse de café, puis deux, puis trois. Mes collègues ne cessent de s’interroger. « Tu crois qu’il dort la nuit? » « Hé, F.B, t’en a pas assez de ton café ? » « Je serais toi, j’arrêterais, il paraît que ça donne de lourdes crampes d’estomac à la longue, c’est assez lourd la caféine, et bien trop corrosif pour tes intestins, je te le dis comme je le pense, parce que je suis ton pote, hein, mon vieux F.B, tu ne t’étonneras pas le jour où on t’annoncera une maladie au nom latin imprononçable… ». Nicolas. Aussi appelé hypocon pour la raison simple que le -driaque pour luine s’applique pas. Il est juste con. Je pivote sur mes talons en plastique pour me retourner vers lui, me réjouis devant la grimace qui vient se flanquer sur son visage, fait encore crisser un peu les chaussures en me retournant pour du sucre, re-re-pivote, re-re-crisse, puis lui souris, en silence, et retourne à mon bureau bien rangé.

Je ne compte pas les aller-retours effectués dans la journée – de moi à la machine à café, de la machine à café à moi. Je recharge, je remplis, j’avale ; je ne deviens plus qu’un être mécanique aux besoins insatiables, qui accourt vers sa drogue avec une impatience sage. Le breuvage chaud au bord de mes lèvres me conforte parce qu’il est rassurant et facile : à portée de main, gratuit, chaud et sucré. Il me rappelle son sein, il me rappelle son amour, il me rappelle son parfum. 

  1. fbencre a publié ce billet