F.B Encre et Sèche
Lettre 3 - A mes alcools et cafés (1)

Paris,

à mes alcools et cafés

Alcool n°1

Il est tard et une nouvelle fois, je me retrouve à me tourner et me retourner au creux de mes draps. Elle est blottie dans le blanc de notre soie, et elle gémit légèrement, de plaisir, comme à chaque fois. La manière dont elle semble apprécier le sommeil, si difficile à atteindre pour elle semble-t-il, ainsi que la douceur de notre duvet et la chaleur dégagée la fait depuis toujours sourire d’extase, et je dois dire qu’elle étouffe même souvent quelques émois. Je ne peux m’empêcher d’aimer la façon dont elle cache timidement les lèvres qui s’étirent jusqu’aux rebords de ses oreilles; de réconfort, de petit plaisir, certainement. A coup de drap placé à la volée sous son petit nez, elle ne peut retenir ses lèvres de s’agiter alors son corps borde enfin la soie et qu’elle peut se réchauffer.

Comme à son étrange habitude, elle dort presque au bout du lit. J’ignore par quel miracle elle parvient à effectuer cela toutes les nuits. D’abord sur mon épaule, elle en finit presque à mes pieds, mais cette drôle de position, comme un bébé à mes côtés, me permet de la respirer quand je cale mon menton sur son joli crâne lissé.

Alors que mon bras s’enroule une nouvelle fois autour d’elle et que je sens sa main ensommeillée venir se contracter, je repense à ces derniers jours et à nos discussions au sujet du fameux bébé. Elle me conte comme elle est excitée, elle pense à des milliers de prénoms, à la couleur du papier, à son premier bavoir, à sa vaisselle de petit-homme en plastique moulé; elle pense à tout, et à rien; elle s’inquiète, elle a quelques nausées, elle espère que tout va bien. Elle sourit, elle est belle, plus belle que jamais, et elle ne cesse de m’inonder de baisers. Elle a envie de moi, mais elle ne sait pas s’il faut, elle me demande d’être doux, elle essaie de me montrer une nouvelle manière pour nous, puis elle rigole quand elle constate que je suis mou. C’est pas grave, après tout, dit-elle en étouffant son rire dans mon cou. Je tais mes angoisses et la laisse divaguer; poliment je lui donne la réplique: vert pastel le papier, c’est plus apaisant pour bébé; pourquoi pas un berceau en bois à la mode d’autrefois, avec une bascule pour nous aider à le bercer?; une fille, certainement, un garçon, pourquoi pas ? Trois mois et demi déjà, oui je serai là pour le prochain examen et, en tout bon acteur américain, je te tiendrai fort la main; la surprise du sexe, oui, c’est tellement mieux. Bien sûr que je suis heureux, amour ; tout à fait prêt, oui oui, crois-moi.

… Et j’ouvre les yeux. J’ouvre les yeux sur ce mensonge poli et pourtant si violent. J’ouvre les yeux et regarde sa respiration la rendre si calme et si constante. Constante, apaisante. C’est comme de l’eau plate qui dort dans mon lit. Je laisse un instant les vagues de ses ondulations si personnelles me rappeler comme je l’aime et qu’il n’y a aucune raison que l’on saigne. Je regarde paisiblement sa petite forme sous mes draps de soie, cette jolie bosse qui vit, fluctue, près de moi, dont je ne me lasse pas d’apprendre par coeur chaque angle et chaque trait – mes yeux papillonnent au-dessus de ce corps que j’adore; ils tourbillonnent, survolent, il n’y a qu’eux pour elle- elle pour eux. Je tente de retenir ma main mais échoue contre moi-même- tel un aimant à chair, la porcelaine de son enveloppe charnelle m’appelle, comme une cigarette, comme une mauvaise habitude, comme une bouteille…