La tâche rouge, et l’empreinte, près de la poignée de la porte.
J’y ai laissé un doigt et ses sillons gravés, délicatement capturés par le velouté de cette surbrillance écarlate de laquelle ils émergent.
Mon œuvre imparfaite – la voilà, et je la contemple, comme l’étrangeté qu’elle représente dans cette pièce.
Il y a les coulures, tout d’abord, en amont des charnières.
La texture, incohérente, aux allures tantôt fines et fluides, et à d’autres endroits, grossières et pressées.
Il y a les lignes du pinceau, ça et là, preuve inéluctable, présence indéniable, d’un créateur maladroit et inexpérimenté.
Il y a enfin l’impact de sa couleur, fraîche et odorante, comme chair crue, sanglante et saisissante. Elle miroite sa brillance à mes yeux, criarde de désespoir. Elle semble appeler au regard, à se faire dévisager de ses irrégularités. Fière et honteuse à la fois, il reste malgré tout quelque chose de vulgaire, de grossier, même, dans l’insolence de son intensité rouge sang.
Et le cadre où se tient cette porte – j’ai les pieds dedans, amour, j’y suis même dedans jusqu’au cou.
Au sol jonchent déjà les pots vides, fruits de notre moisson étonnante. Ils ont un air de cadavres abîmés ; ils ont roulé leur bosse pour se faire finalement rejeter par la tâche achevée. Ils n’auront pas fait long feu, c’est drôle, après des mois à hanter notre escalier. Les couvercles décharnés - ils vomissent des raies de peinture séchée.
Je contemple presque admirativement le désastre.
C’est un champ de bataille. C’est le chaos.
Amour, c’est un réel cimetière.
Les outils, lâches, épuisés, hantent la scène de tous coins. Une myriade de papiers buvards mutilés se pressent autour de la porte, achevés par leur travail de perfection. Fiers, après tout.
J’ai les pieds dans du journal déchiqueté, du papier collant au bord des manches, et des tâches plus ou moins affirmées tombent au fil des mes vêtements sombres.
J’ai avant tout cette marque rouge et chaude dans la paume, la sciure au creux des poches, et l’écarlate solide glissé sous les ongles.
On y laisse donc toujours des écailles, n’est-ce-pas?
Mais la voilà.
Rouge et unie -
Notre porte.
- F.B.
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