F.B Encre et Sèche - Blog auteur
Lettre 7 - Sa valise à Sons.

Fatigue.

Je fatigue sous le brouhaha du bar.

Je pense encore à l’écaille.

Je ne comprends pas.

Je ne comprends rien.

Elle était là pourtant.

Bruyante. Tellement imposante.

Elle, qui transportait le monde autour d’elle comme un joyeux bourdonnement, elle, l’instigatrice des tambours et des larsens qui faisaient rage dans l’appartement.

Son rire, clair, sec, qui rebondissait, pourtant, telle une éclaboussure, sur les murs.

Ses talons qui claquaient le parquet flottant au rythme de ce qui ressemblait à la Marseillaise.

Les portes qu’elle ouvrait, puis refermait derriere elle avec fracas, et le tintamarre organisé que composait la frénésie de ses recherches urgentes.

La mélodie qui l’accompagnait dans ses mouvements, au rythme des bracelets scintillants qu’elle semblait multiplier comme des pains.

Ses mots déformés, d’une autre langue, qui s’élevaient au-dessus des robinets qui pleuraient.

Puis, elle n’était plus.

Je crois qu’elle a saisi sa valise a bruits, a renfermé tous ses sons à l’intérieur pour les mettre sous verrou à coup de cadenas isolant.

Puis elle s’était penchée pour en saisir l’anse, et me flatter du silence d’un regard et d’une fosette creusée.

Tout était sous clef, là, à mes pieds.

Autour, il n’y avait plus que calme et surprise. Absence de ses bruits. Sons inédits.

Elle ne portait plus de bracelets, et ses bras ne me gataient plus du bruit de grelot métallique.

Elle roulait en fait à présent, comme sa petite valise.

Et nous en étions à l’écaille.

Au claquement, au bois.

A l’os de sa hanche.

Martin crisse. Il cogne en laissant sur ma table un shot de vodka, me tape sur l’épaule.

Boum. Cling. Tap.

Il porte son habituelle chemise à carreaux et son après-rasage poivré vient violer mes narines. Il se rattrappe sur la chaise avec ses ongles noirs, et s’en va tituber, accompagné d’un rire soudain démentiel.

Woop. Crack. Hahaha.

Je fatigue tellement.

Devant moi, la bouche de Patronne s’ouvre sur sa denture écaillée, et elle aussi, s’esclaffe.

Son rire sonne comme du verre et fait troubler la vodka à sa surface.

F.B

  1. fbencre a publié ce billet