F.B Encre et Sèche
Lettre 5 - Airs

Je saute d’un archet à l’autre, il me semble, sur ce violon que je connais si peu. L’un joue en demi-ton, en notes mineures, longues et vaporeuses. L’autre joue en majeur, et, à saccader et frapper les cordes aussi fort qu’il le peut, les fait aller se briser contre tout ce qu’il y a autour. Un jour, je nous idolâtre et me perds dans mes rancoeurs, l’autre je nous hais, et je ne te comprends pas. Un jour je me sens confiant, beau et bien en forme, le lendemain je me vois terne, flasque et vaseux.

Je me suis mis à courir. Je ne pensais pas que mon coeur parviendrait à en tenir le rythme et j’ignorais aussi à quel point ma concentration respiratoire me permettrait de m’oublier. Et pourtant, voilà qu’un jour, après le parfait entraînement, j’ai découvert ce moment. Cela faisait peut-être un quart d’heure que je luttais contre mes propres glaires, contre la douleur au creux de mes poumons, contre l’air frais et cinglant sur ma peau, et contre mes narines, dégoûlinantes; en somme, contre tout ce qui me rappelait la douleur d’être vivant. Puis, d’un coup, je me suis trouvé, , au plus profond d’un état de grâce physique. Il n’y avait plus de douleur, il n’y avait plus la respiration pour laquelle je luttais. J’avais retrouvé la simplicité du corps, et j’appréciais, baignais de bonheur dans cette course qui m’empêchait là, d’un coup… de penser. Je ne pensais plus, amour, plus à rien, plus à toi, plus à moi, plus à lui/elle, même plus à ça. Je n’étais plus qu’un poids en parfait élément avec les éléments, en motion agréable et apaisée, au cerveau frais et reposé. Une seule chose importait : celle de respirer. Respirer pour continuer. Et respirer n’était plus une tare. Respirer était devenu, à nouveau, une joie, je sentais à chacune de mes inspirations mes muscles chauds, et ne pensais qu’aux sensations que cet état m’apportait. Je n’étais plus F.B, je n’étais plus toutes les implications que F.B apportait, F.B, ce personnage que j’aime autant que je déteste, ce personnage que je connais autant que j’ignore.

J’ai couru 40 minutes.

Il y a certaines choses que je dois faire, et j’en ai pleine conscience. Certaines choses pour lesquelles je dois travailler, constamment. Certaines peurs, pour la majorité que je dois taire. Certains doutes. Certaines certitudes qu’il me faudrait plutôt me déshabituer de posséder. Je me chante des fois un peu trop, peut-être parfois dans la mauvaise clé. Je te dis bien chanter et tu me regardes avec un sourire amoureux. Derrière cette peau qui se retrousse au creux de tes fossettes, je te sens lancer le dé. Je me plais à jouer au coq, parfois, tu l’auras sûrement remarqué. Il est clair à présent que ceci constitue notre jeu, que nous avons chacun adopté. Je vois ton sourire, parfois. J’entrevois tes incisives, immaculées. Et je te vois y voir clair. Tu sais quel joker je m’apprête à jouer. Tu le sais, et je le sais, et j’ignore toujours pourquoi je joue cette carte, amour. La plupart du temps, je ne sais même pas que j’ai une carte en main.

J’ai un full, tu le vois. Et tu laisses ce full me faire du bien.

Pour ça, je t’aime. 

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