Paris,
Patronne o’ clock.
Je me suis demandé combien de temps je n’étais pas venu écrire. Combien de temps cela faisait que je ne m’étais pas penché sur cette bonne vieille table? Patronne m’a demandé combien de lignes j’allais aujourd’hui gratter. Elle souriait, de ses belles dents encrassées. Je lui ai répondu « au moins deux cent, Madame ». Elle m’a demandé pour qui elles seraient. Elle avait dans l’oeil ce petit éclat qui disait « je sais ». J’ai répondu qu’elles n’étaient que pour moi, rien que pour moi. Elle m’a regardé avec un léger sourire et je n’ai pu déchiffrer si c’était ça qu’elle savait… J’aime mes mots, oui, c’est vrai. Et je n’irai pas dire le contraire. Mes mots sont bien les seuls que, même dans toute l’anarchie des syntaxes compliquées, je parvienne toujours à maîtriser. Mes lettres agglutinées me rassurent, et la sinuosité de mes syntaxes m’apaise. Je me sens maître de ce sens qu’il m’appartient seul de convier. Je ne me mens pas dans mes mots, je ne peux que m’y cacher à tes yeux. Je ne m’y cache pas aux miens. Et ça, c’est une rareté.
Au travail, je suis devenu l’homme que l’on exècre. C’est drôle, après avoir tant et tant fait pour les attirer sous mon aisselle. J’imagine qu’à force de trop couver, parfois les températures tamponnent l’excès, jusqu’à dégouliner cette lave sucré-salé. Puis, le nouveau est arrivé, frais, beau comme un gardon qu’on viendrait de pêcher. Moi aussi je me serais aisément laissé tenter à dire que je ne suis plus que de l’ordre du meuble trop vu et qui tape un peu trop sur les nerfs. Toujours dans ce couloir, à avoir la même utilité. J’imagine que l’utilisation quotidienne pèse. Que crois-tu amour? On parie ou on lance le dé? Qui dit que l’utilisation nous a tué? Pile, face?
Elle ne croit pas grand chose au final et elle s’obstine. Elle s’obstine dans son aveuglement divin, son aveuglement que j’admire, imbattable, inaliénable. Comment ne peut-elle pas voir que je nous évite? Ces derniers temps, jours, m’ont éreinté. De trop jouer à cache-cache avec nous, j’ai fini par me surprendre moi-même par mes cachettes aussi surprenantes que pathétiques. Je ne cherche plus mes excuses, tout comme je ne cherche plus à cacher mes oeillères. J’ai accepté de ne pas savoir comment nous gérer. Oui, j’ai accepté ma rancoeur et mes nausées.
Nouveau ne cesse de plaire avec sa bouche pleine de belles dents et ses phrases toujours cordiales. J’aime bien Nouveau finalement, je m’aime peut-être aussi un peu trop pour aimer qu’on l’aime plus que moi.
A méditer, F.B.